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vendredi 16 mars 2018

L'aigremoine eupatoire - Agrimonia eupatoria L.


L'AIGREMOINE eupatoire est une plante vivace de la famille des Rosaceae, cousine relativement proche des pimprenelles, des potentilles et des benoîtes. Comestible, médicinale, mellifère, ornementale, l'espèce ne manque pas d'intérêts !



QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE NOM ?

Agrimonia est issu du grec ancien argema qui désigne un ulcère de l’œil, contre lequel on aurait employé jadis le suc de la plante. Quant à l'étymologie du nom eupatoria, elle est incertaine. Pour certains, le mot dérive du grec eupatôr qui signifie né d'un bon père, en référence à Mithridate VI Eupatôr, roi du Pont (en Anatolie) versé dans les sciences médicales et qui, au IIe siècle av. J.C., aurait découvert les vertus anti-inflammatoires de l'aigre­moine. Pour d'autres, eupatoria dériverait du grec ancien hêpatos (le foie), pour les bienfaits de la plante sur l'organe en question.

Mithridate VI Eupatôr,
sous les traits d'Héraclès
(Musée du Louvre)

Bref, par son nom, Agrimonia eupatoria se révèle déjà comme une plante utilisée de manière ancestrale pour ses vertus thérapeutiques. Mais nous y reviendrons...


DESCRIPTION

Mesurant jusqu'à 1,50m, la plante se caractérise par une tige dressée et poilue, des feuilles composées de 5 à 9 folioles dentées s'intercalant avec d'autres folioles plus petites, des fleurs jaunes en très longs épis qui apparaissent en été, et des fruits en forme de cônes munis d'une couronne d'arêtes crochues.



Grâce à ces crochets, la dispersion des semences de l'aigremoine est épizoochore. Le mot en jette, c'est sûr, mais il signifie simplement que les graines voyagent en s'accrochant à nos chaussettes (et accessoirement aux plumes et aux poils des animaux).

Du nord de l'Asie jusqu'au nord de l'Afrique en passant par l'Europe, la plante pousse un peu partout : lisières de forêts, clairières, prairies, chemins, fossés, haies, friches...
Les travaux de Gérard Ducerf sur les plantes bio-indicatrices précisent que la présence d'A. eupatoria indique un sol humide ou asphyxié, ainsi qu'une évolution vers la forêt ; un diagnostic que nous avons pu vérifier au printemps 2016 lorsqu'elle est apparue au jardin du Grand Jas, près de la première mare (pour ceux qui connaissent le lieu). En effet, cette zone est inondable donc souvent asphyxiée, et laissée sauvage depuis plusieurs années, si bien qu'une forêt commence tout doucement à s'y installer, avec les premiers arbres pionniers (frênes et ormes champêtres).

USAGES

Toutes les parties tendres de l'aigremoine eupatoire, fleurs comprises, sont comestibles et aromatiques. Ainsi, elles peuvent être utilisées en salade ou cuisinées comme légumes. En infusion, les feuilles et les fleurs donnent un thé agréable, au goût citronné.
On trouve aussi diverses recettes de « vin d'aigremoine », pour lequel des feuilles ou des fleurs sont mises à fermenter dans de l'eau sucrée, parfois accompagnées d'agrumes et de raisin. L'ethnobotaniste François Couplan signale par ailleurs que les feuilles de la plante entrent dans la composition du ratafia catalan, une liqueur traditionnelle à base de noix.
Selon certaines sources, les graines décor­tiquées sont également comestibles et la racine est utilisée pour aromatiser les ragoûts.

Côté médicinal, comme évoqué plus haut, certaines vertus de l'aigremoine sont connues depuis l'Antiquité ; les premiers usages dateraient même de la Préhistoire. On connaît aujourd'hui ses propriétés astringentes, hypoglycémiantes, vulnéraires, anti-inflammatoires, cholagogues, antiaphoniques, toniques, antibactériennes, antivirales, antitumorales, analgésiques, antioxydantes, hépatoprotectrices... on s'arrête là ?
C'est pourquoi les sommités fleuries peuvent être utilisées, principalement en infusion à boire contre de très nombreuses affections, notamment les diarrhées, les troubles gastro-intestinaux ou le diabète. On utilise aussi la décoction en gargarismes contre l'angine, les maux de gorge, les aphtes..., en compresses en cas d'articulations douloureuses et de problèmes circulatoires, ou encore en usage interne contre la leucorrhée.

L'aigremoine permet enfin de donner à la laine différentes teintes de jaune, selon qu'on utilise la plante entière fleurie ou seulement les feuilles.


CONFUSION

En France, on trouve aussi Agrimonia procera, l'aigremoine élevée. Elle est extrêmement proche de A. eupatoria, mais s'en différencie par sa taille réduite, la forme de ses fruits, son milieu (ombragé et frais), et par la présence de petites glandes odorantes sous les feuilles qui dégagent un parfum agréable lorsqu'on les froisse.
On lui attribue sensiblement les mêmes usages et les mêmes vertus, mais elle est bien plus rare ; mieux vaut donc éviter de la cueillir.


Akène (fruit sec à graine unique) de A. eupatoria.

Akène de A. procera. Le réceptacle n'est pas cannelé et les arêtes sont bien plus recourbées.


AU JARDIN

La pollinisation de A. eupatoria se fait par les insectes. Difficile de dénicher une liste bien fournie de ces pollinisateurs, mais on trouve tout de même, pour la France : l'abeille domestique, plusieurs espèces de syrphes dont le syrphe ceinturé, le syrphe porte-plume, la rhyngie long-nez et Melanostoma scalare, et des papillons comme l'argus bleu-nacré et le demi-deuil. Avec un peu de chance, en ouvrant l’œil aux prochaines floraisons, nous pourrons identifier d'autres visiteurs...


Argus bleu nacré (sur orteil)
Polyommatus coridon



Rhingie long-nez
Rhingia campestris



Syrphe ceinturé (sur lierre)
Episyrphus balteatus



Syrphe porte-plume (sur A. eupatoria)
Sphaerophoria scripta




Demi-deuil
Melanargia galathea




Syrphe Melanostoma scalare attaqué par l'araignée-crabe Misumena vatia , sous le regard indifférent d'un Coléo­ptère (sur A. eupatoria)

En passant, précisons que si les syrphes adultes sont floricoles, leurs larves sont quant à elles friandes de petits invertébrés, en particulier de pucerons.

Laisser autant de place que possible à la végétation spontanée autour ou au milieu des cultures a déjà ce premier avantage d'attirer les pollinisateurs et les prédateurs. Cela permet aussi d'accueillir une biodiversité toute spécifique. Par exemple, la larve de Hartigia linearis, un Hyménoptère proche des guêpes appelé tenthrède, se nourrit exclu­sivement sur l'aigremoine eupatoire en creusant dans les tiges. Les tenthrèdes adultes butinent à la recherche de pollen et de nectar, et chassent de petits insectes. Ils sont aussi, bien entendu, autant de proies disponibles pour d'autres animaux du jardin. Conclusion : aucun dégât sur les cultures et de nombreux services rendus au jardinier !

Hartigia linearis

Mais les insectes ne sont pas tous monophages (loin de là !). C'est pourquoi un autre intérêt à l'association cultures / plantes sauvages est de détourner, ou du moins de disperser les ravageurs potentiels. En effet, il n'est pas rare que des bestioles s'attaquent à nos plantations à défaut de pouvoir trouver leurs hôtes favoris, qui sont bien souvent des espèces sauvages.

Sur cette base, nous proposons le tableau suivant :


Invertébrés se nourrissant
sur l'aigremoine eupatoire

(liste pas du tout exhaustive)
Mode d'alimentation
(pas exhaustif non plus)
Cultures potentiellement
épargnées grâce à la présence
d'aigremoine eupatoire

(toujours pas exhaustif)
Thrips vulgatissimus Ce minuscule suceur de sève vit principalement sur des fleurs blan­ches. Il est possible qu'il participe à leur pollinisation.
Sureaux, Prunus sp., poiriers, choux, betteraves, ombellifères, rosiers.
Puceron du géranium
Acyrthosiphon malvae
Ses colonies se développent sur les pétioles et la face inférieure des feuilles. Il est vecteur du virus de la marbrure du fraisier (SMV).
Fraisiers.
Cicadelle des petits fruits
Ribautiana tenerrima
Cet insecte suceur pique la face supérieure des feuilles.
Ronces, noisetiers, Prunus sp.
Hespérie de la mauve
Pyrgus malvae
La chenille de ce papillon diurne se nourrit de feuilles.
Fraisiers, framboisiers, ronces.
Flamme
Endotricha flammealis
La chenille de ce papillon de nuit se nourrit de feuilles, puis de litière à l'automne.
Noisetiers et autres arbres.
Coleophora potentillae Les chenilles de ces papillons de nuit minent les feuilles.
Ronces, Prunus sp., rosiers, fraisiers, groseilliers, cassissiers, pommiers.
Stigmella aurella Ronces, fraisiers, framboisiers.
Stigmella aeneofasciella Fraisiers.
Rhynchite coupe-bourgeon
Haplorhynchites caeruleus
Ce charançon sectionne les feuilles et jeunes pousses.
De nombreux fruitiers de la famille des Rosaceae (Prunus sp., pommiers, poiriers, sorbiers, néfliers, cognas­siers).
Bupreste du fraisier
Coroebus elatus
La larve de ce Coléoptère creuse des galeries dans les racines.
Fraisiers.
Mouche mineuse
de la potentille

Agromyza potentillae
Ses larves minent les feuilles.
Fraisiers, framboisiers, ronces et rosiers.
etc. etc.
etc.


Flamme

Hespérie de la mauve

Stigmella aurella

Rhynchite coupe-bourgeon


Le but de ce tableau n'est pas de démontrer que l'aigremoine est une plante compagne exceptionnelle. En tant que Rosaceae, elle apparaît comme particulièrement intéressante associée à d'autres Rosaceae comme le fraisier, la ronce ou les arbres fruitiers les plus communs, mais de nombreuses espèces le sont tout autant. Par ailleurs, certains des invertébrés listés ici préféreront peut-être l'une ou l'autre de nos plantations à l'aigremoine. Mais, attendu que toutes les plantes spontanées sont justement, d'une manière ou d'une autre, d'excellentes compagnes, le tableau ci-dessus donne un tout petit aperçu de l'influence que peut avoir une zone sauvage très diversifiée sur les cultures dans un jardin.


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1 commentaire:

  1. Waouh, à la recherche de la suite au Jardin du Grand Jas, Marie m'a transmis vos coordonnées. Je vous ai donc inscrit dans mon répertoire ressource des lieu en Perma en France, que j'appelle la Permaculture en action.
    http://www.gourmandises-sauvages.com/site/wp-content/uploads/2018/03/La-Permaculture-en-action.pdf
    Je découvre cet article très fourni sur cette plante, ou sa cousine) que l'on peut observer facilement dans nos campagnes. Merci pour ce travail.

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